Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 236

 

La vie dans la rue ...
se ruer sur le nouveau Toodè

Marie Hélène Jeune

Toodè N° 235
Toodè N° 236

Année 2020

Septembre 


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Voir aussi le Toodè du  15 juillet 2012

 

Toodè n° 236

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septembre 2020
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Toodé, Toodé tu es en retard !

Oui tu as raison, je suis comme tout le monde, bousculé par cette rentrée masquée. Au rythme des quatorzaines des uns et des autres…. On finit vite par être un cas contact …

la vie dans la rue…

On se salue en se tenant éloigné, on s’embrasse de loin… « C’est tout l’inverse des valeurs que nous essayons de leur donner » me confiait une responsable d’un IME.

Bien sûr, nous avons assez vite compris qu’il va falloir inventer d’autres signes de fraternité pour n’oublier personnes…

Soyons créatifs, partageons nos idées, nos expériences pour créer et maintenir les liens…

Bousculés, retournés, nous l’avons été ces trois dernières semaines par les inattendus de la vie quotidienne avec un regard particulier sur la rue, la vie dans la rue…

Tout à commencer un après-midi, une équipe de jeunes en JOC est venue nous aider au jardin contre quelques deniers pour leur caisse d’équipe. Après un repas pris ensemble, puis un après-midi à ratisser et une bonne douche pour chacun, est venu le temps des retours chez soi. Sauf que, l’un d’entre eux, suite à de nombreuses mises dehors de foyers et d’hôtels, n’a que la rue comme chez lui…. Après une lessive de son linge sale, une bonne sieste dans le canapé, un repas du soir pris ensemble… arrive le temps de la nuit... et là, la question se pose : que fait-on ? Le 115 ? déjà fait, pas de place avant 3 jours et seulement pour 2 nuits…. Si on le garde, pour combien, de nuits ? Comment gérer ? Nous ne sommes pas éducateurs spécialisés, comment faire quand il est en crise ? S’il s’installe chez nous, il arrêtera d’appeler le 115 …

Quelle impuissance ! Dans un grand silence, par cette belle soirée d’été, nous l’avons ramené au métro….

Mais notre attention sur la rue s’est poursuivie…

 

 

 

 

Un appel, une annonce : « Alphonse, ton cousin a été retrouvé mort sur un banc dans un jardin public au petit matin… » Un concours de circonstances du aux conséquences d’une addiction, l’avait conduit à ne pas savoir ou trouver refuge cette nuit-là. Avec son baluchon, il s’est retrouvé là, sur un banc, dans un jardin public, seul…. Il ne se réveillera pas !

Chaque année, nous essayons de participer à cette soirée de commémoration des morts sans toi (t), nommée aussi hommage aux défunts esseulés….  (Voir article du Progrès en bas de page)

Mais cette annonce donne une consistance particulière à cette attention aux défunts esseulés. C’est le cœur lourd que la semaine va s’articuler autour de ces funérailles… L’écoute de ses parents, son frère et sa sœur, l’organisation des à-Dieu…

En parcourant les textes proposés par l’église, une phrase retient l’attention, « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. » Ce passage de l’évangile de Matthieu (Mt 11,25-30) est choisi. Alphonse portait un fardeau bien lourd, qui trop souvent le mettait à terre et qu’il a eu du mal à déposer, à faire que d’autres puissent l’aider à le porter, pour ainsi relever la tête et aller de l’avant.

Un temps aussi pour se serrer les coudes les uns les autres… Pour se promettre de ne pas rester si longtemps sans se voir….  

Bien sûr, chacun pressentait que l’addiction pouvait lui retirer la vie, mais dans ces circonstances, non jamais nous ne l’avions envisagé !

Et demain quel regard, quelle attention allons-nous porter sur ces hommes et ces femmes, qui seront là, assis ou couchés avec leur baluchon… ?

 

Marie Hélène et Nicolas JEUNE

Progrès du 9 octobre 2019 : Entre le 1er juillet 2018 et le 30 juin 2019, 106 personnes de tous âges sont décédées de manière anonyme dans la métropole de Lyon. Certains étaient suivis par des associations, d’autres qui avaient pourtant une famille ou des amis, n’ont pu se faire accompagner et ont succombé dans la solitude, chez eux, à l’hôpital, dans un foyer, dans la rue ou en détention. Pour ne pas les laisser partir dans l’indifférence, un collectif de bénévoles s’est formé en 2003 : « Les Morts sans toi (t) ». Depuis, chaque automne, la Ville de Lyon organise deux cérémonies d’hommage en mémoire de ces défunts isolés, pour marquer une présence symbolique.