Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 219

« Noir, blanc, couleurs… ? »

Stéphane Raux

 

année 2019
février

 
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le 15/02/2019

            Le jour où j’écris ce Toodè, le ciel est gris, le lac est gris, les montagnes alentour sont grises, tout cela avec probablement une bonne cinquantaine de nuances…

             L’actualité nous donne le change, car elle apporte un peu de couleurs.

   De samedi en samedi, les gilets jaunes se rappellent à notre bon souvenir aux ronds-points ou dans les grandes villes.

   Le dimanche, les foulards rouges contre-manifestent pour dire que la violence et l’opposition à toute proposition ne sont pas une solution.

   Le même jour, des ‘marches vertes’ continuent à nous alerter de l’urgence à prendre en considération la situation écologique de notre planète. Ceux-là vont-ils s’appeler les tuniques vertes ? (le béret est déjà autrement connoté… ).

   Parmi ceux qui ne sortent pas, les rockeurs nostalgiques de Schmoll ré-écoutent peut-être les Chaussettes Noires ?

   Selon d’autres jours, ce seront des marches blanches en signe d’espoir et de sympathie avec telles familles éprouvées par l’assassinat ou le décès brutal d’un ou d’une proche.

             Il est vrai que les mouvements politiques ou syndicaux nous ont aussi habitué à colorer le paysage social d’une couleur, chacun la sienne :

On se rappelle les chemises brunes des sections para-militaires nazi et autres extrémistes de droite, avec sa version noire des fascistes mussoliniens, le rouge des communistes, les syndicats jaunes du début du 20è siècle anti-grèves. Aujourd’hui, les centristes ont choisi le orange…

 

            Peut-être que la couleur devient un repère dans une société qui n’en a plus ? Pour laquelle consommer c’est exister, qui a perdu toute autre raison de vivre… ? Pour laquelle la satisfaction de besoins ou souhaits personnels dépasse ceux de tous, le bien commun en quelque sorte ? Et cela devient ‘le’ problème quand on n’a plus que cela dans le viseur…

             Un ‘grand débat national’ est proposé aux français, une consultation ouverte à tous où chacun peut apporter une ou plusieurs pierres à l’évolution de notre société, et pourquoi pas à la construction d’une société plus juste et fraternelle. Certains ont tellement peur d’y voir un complot politicien qu’ils se refusent à eux-mêmes cette possibilité d’émettre des propositions… Peut-être parce qu’ils ne croient plus en l’avenir ? Ou parce qu’une véritable démocratie leur fait finalement peur ? De fait, le résultat d’un référendum peut décevoir énormément s’il est contraire à sa propre opinion… Ou encore parce qu’ils prennent conscience de la limite de leur horizon ?

        Car on peut simplement espérer que la fraternité, qui est quand même subrepticement réapparue sur certains ronds-points, inscrite dans notre Constitution et notre devise nationale, dépasse les intérêts égoïstes des uns et des autres.   

A la veille de la révolution française, la convocation des Etats Généraux a vu fleurir des cahiers de doléance. J’ai appris récemment que dans un petit village de Haute-Saône, sensibilisés par un intervenant extérieur, les habitants s’étaient alors exprimés entre autres sur « les maux que souffrent les nègres dans les colonies », demandant avec leurs mots l’abolition de l’esclavage et le boycott des produits issus de leur sueur. Des habitants vivant dans des conditions de vie très dures, ont vu plus loin que leurs propres problèmes, ont demandé des changements radicaux pour des gens qui étaient dans des situations aussi graves sinon plus que les leurs… Notre société d’aujourd’hui est-elle capable de cela ?

             Laissons de côté l’étude de la signification des couleurs.

Mais de nombreux voyages m’ont fait constater que la force symbolique qu’on peut leur donner tient à notre culture. Ainsi chez nous, la couleur de la mort est le noir. En Afrique, c’est le blanc…  -Tiens, il y aurait déjà une analyse à mener…- !

En France, la couleur traditionnelle du mariage est le blanc, en Chine, c’est le rouge…

            On pourrait rajouter qu’au-delà des couleurs, l’habit, ou une pièce d’habillement souvent n’est pas neutre: la chemise, le pantalon, le gilet, le bonnet, le béret, la chasuble, … et les chaussettes donc... semblent, avec une couleur propre, devoir enfermer chacun dans une catégorie. Pourtant, ne dit-on pas que « l’habit ne fait pas le moine » !

 

            En effet, sommes-nous si simplifiables qu’on puisse nous réduire à une seule catégorie ?

            Quand on a la chance de voir le monde en couleur (mille regrets aux daltoniens et aux animaux), qu’on en découvre les harmonies, les richesses de composition, on se demande pourquoi ne voir ce monde qu’à travers un seul filtre ?

            L’Arlequin de la Commedia Dell’Arte nous avait déjà signifié que chaque individu, pauvre soit-il, a de multiples facettes à nous montrer. Un pays africain (RSA), qui a su se sortir d’un racisme inadmissible, avec Desmond Tutu s’est désigné comme la nation arc-en-ciel. Un arc-en-ciel qui veut évoquer à tout le moins la tolérance, la diversité et l’harmonie, et la possibilité de la paix. Une symbolique arc-en-ciel d’ailleurs aussi revendiquée ensuite par d’autres groupes moins hégémoniques.

 

            La tresseuse de couronnes Glycera aimée du peintre Pausias savait provoquer son art en créant avec les mêmes fleurs, arrangées différemment, une grande variété de bouquets.

Saint François de Sales en nous invitant à considérer qu’il y a de multiples façons de s’élever spirituellement, nous dit aussi que si chacun est un être unique, il est appelé à apporter sa pierre, -ou sa goutte d’eau si on est Colibri-, à sa façon, en considération des autres, pour contribuer à une œuvre commune, fraternelle, qui soit digne du « maitre ouvrier dont nous sommes l’ouvrage ».

 Nous sommes un grand jardin
De fleurs, des floralies
De couleur, de parfum
De formes infinies
Toutes sont originales,
Font partie de la fête
Dont le bouquet final
Est d’une beauté parfaite...