Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 233

Avec le Toodè de mai,
fais ce qu’il te plaît !

Thierry Mollard osfs

15 mai 2020

 
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le 15/05/2020

Avec le Toodè de mai, fais ce qu’il te plaît !
Pas tout à fait ? Mais si ... steuplait

Ce « Toodè du 15 mai » pourrait-il échapper au déconfinement avec ces mots jetés et des mots tenus u retenus. Pas d’excuse, en tout cas, pour être en retard !

 

Confinement, ce vieux mot inusité voilà deux mois, nous file des boutons, car il signifie enfermement, limites, contraintes... mais il recèle pourtant un trait autrement plus poétique : "confins". Dans les Savoie, les confins nous transportent vers les hauteurs, vers les lacs de montagne, ils sont « Ushuaia » : terres de feu, à la pointe la plus extrême ! Un but à atteindre ! Chacun a fini par comprendre que le confinement, aussi indispensable qu’à hauts risques ne pouvait faire surgir que phobies des mots et anxiétés des silences !

 Portant, vraisemblablement, ce temps du confinement a dosé deux moments : « un temps pour se taire et un temps pour parler » comme dit la sagesse, (Qo 3/ 7) et le psy... 

 Il y a tant de mots qui ne servent à rien ! Alors on leur préfère le silence à l’agitation et déferlement des mots contraires.

Il y a tant de mots, aussi, qui ne servent à rien s’ils ne sont vécus : la fraternité peut compter facilement parmi ceux-ci. Elle a émergé de la tempête actuelle, au même moment que pointaient les premières fleurs délicates du printemps, comme réalité ou espérance. En deux mois il a bien fallu avancer, plus ou moins réunis et unis, éveillées pour le coup généralement pas seuls, en famille, avec l’ami, avec les autres. Des passions assumées, inventées ou initiées au risque de la fraternité !

Nous savons que la fraternité s’expose parfois en un énoncé, distant, voire hautain, sans renoncement à soi, sans une mise à distance de soi-même. Oui elle s’inscrit si facilement en devises, en titre et en décrets mais ne s’impose pas ! Ce n’est pas la répétition du mot qui forge une véritable fraternité : il ne sert à rien de répéter, « fraternité, fraternité... » en de longs discours aussi emphatiques que vides !  

La fraternité ne naît-elle pas d’une expérience en profondeur, en proximité de cœur ? Elle se cultive en une part d’altruisme, par un regard qui appelle une approche émouvante et un élan généreux. Surement que la fraternité, avant la douceur de sa jouissance, oblige à un détachement, un arrachement, un accouchement ! Elle n’est jamais, au bout du compte, sans cris, sans bruits, sans mots ! 

Si certains mesurent en or et argent le silence valant plus que la parole ou le verbe, la force du « je » prononcé est vitale. Le « je » n’enferme pas sur soi, ne ramène pas tout à soi, ne dirige pas vers soi, au contraire il est altruiste et s’ouvre sur l’autre, l’accueille, le recueille, le nourrit, le rend frère davantage. C’est alors que le « je » et le « tu » se tendent les bras, se touchent, s’enlacent et s’échangent, pour de vrai, sans recherche de plaisir ni évitement de la peine !

 Celui qui sait, présomptueux, se tait ou au contraire met des talonnettes ! Celui qui parle à contrario ne saurait pas ! A quoi bon parler de ce que je ne sais pas, à quoi bon taire ce que je sais en disant en soi, au regard de l’autre : cause toujours ! J’en reviens volontiers à Qohèleth ( Qo 3/ 7) « Il y a un moment pour tout et un temps

pour chaque chose sous le ciel. » Se retenir de parler ce n’est pas se taire !

                 "Il s'agit de parler peu, non point dire peu de paroles, mais de n'en dire pas beaucoup d'inutiles !"  

"Il me semble qu'il faut fuir deux extrémités : être trop sévère et refuser de participer aux conversations familières, ce serait manque de confiance, ou dédain ! Ou babiller, cajoler toujours, sans donner aux autres de parler à souhait, cela ne serait que verbiage et paroles en l'air ! ('esventée et légère- dit-il !) IVD III Ch 30   Alors allons avec celui qui « parle peu et doux, peu et bon, peu et simple, peu et rond, peu et aimable."  XXI. 57

 La fraternité signe ce désir ardent de se faire proche de celles et ceux que je côtoie déjà, et en même temps la fraternité naît de mon acquiescement à me laisser approcher, toucher, atteindre ! Il n’est pas possible de laisser croire qu’il y a toujours le risque d’un virus qui retienne la fraternité ! Ce qui m’a peut-être le plus marqué en ces temps de confinement c’est la privation de la communauté humaine, spirituelle qui spontanément contribue à la force de la fraternité et construit toute grâce : l’enjeu d’un rendez-vous, posé et attendu, l’approche kinésique, qui concerne tout à la fois le mouvement, l’expression du visage, les gestes, notamment celui des mains capables de se mouvoir, d’émouvoir, de toucher, de prendre et recevoir.

 Fraternité. Paradoxalement ce n’est pas un « mot » du langage salésien ! Mais les valeurs modernes que nous y mettons sont contenues pour François de Sales dans le vocable de « prochain... » « compagnon, »  qui met en jeu l’espace à parcourir, l’échange, la visitation, ou  visite fraternelle, l’amitié.   

Quand l’amour de bienveillance est exercé sans correspondance de la part de la chose aimée, il s’appelle amour de simple bienveillance ; quand il est avec mutuelle correspondance, il s’appelle amour d’amitié. Or, ta mutuelle correspondance consiste en trois points car il faut que les amis s’entr’aiment, sachent qu’ils s’entr’aiment, et qu’ils aient communication, privauté et familiarité ensemble. Ch XIII TAD