Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 208

« Je kiffe la Life »…

Stéphane Raux  

 

 

 février 2018
 

 

 

 

 

 

année 2018

janvier

 

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le 15/02/2018

« Je kiffe la Life »… ‘Etes-vous membres d’une communauté experte et engagée’ ?

             De prime abord, cela incite à y aller :

            Il est vrai que la définition (‘communauté experte et engagée’) est vague et peut englober tout autant :

. des spécialistes d’un domaine auquel ils croient et qu’on peut supposer bon pour l’humanité… Par exemple, les chercheurs de l’Institut Pasteur ou équivalents ?

. des militants expérimentés pour une cause légitime et universellement partagée…

Par exemple, des membres d’une association humanitaire ?

… ou encore des fanatiques prêts à tout pour justifier et imposer leur cause par la violence, jusqu’à aller détruire et tuer tous ceux qui ne sont pas d’accord ?

Par exemple, DAECH ? …

             Non, il s’agit simplement d’une pub sur les ondes ces derniers temps…

« Une communauté experte et engagée de 5 millions de membres… »

            Il s’agit donc de quelque chose de largement partagé, probablement primordial… ?

« … des alertes fiables et vérifiées, une mise à jour en temps réel des limitations de vitesse…»

            Ce doit donc être l’Etat et ses actions pour la sécurité routière ?

             Et bien non. C’est une pub pour Coyote… une société privée, qui a inventé l’avertisseur de radar. Louable intention d’un commerçant qui aujourd’hui se soucie opportunément depuis 2012 (changement de législation…) de proposer des « assistants d’aide à la conduite », tout en continuant à vendre (et surtout ?) le successeur de son produit d’origine ?

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« Le coyote, est toujours à l’affût, il repère et signale  les dangers aux autres membres de sa meute… Le coyote est différent …il ne pense pas pour lui-même, il pense pour la meute : la meute est une communauté solidaire… ».

Belle idée. Mais une vraie solidarité ? Et qu’en est-il en dehors de la meute ?

             Prenons donc un peu de recul.

             De ce message, et surtout après les intempéries parisiennes de la semaine dernière, on pourrait déjà conclure que les services nationaux, départementaux, communaux, chargés des routes, sont complètement incompétents, dépassés ? Que leurs panneaux indicatifs et autres modes d’informations sont inefficaces, voire dangereux pour les utilisateurs que nous sommes ? Que, heureusement la communauté des Coyote est là pour assurer notre sécurité… ?

            Ou alors, ‘a contrario’ pour rebondir sur cette dernière hypothèse : le conducteur d’aujourd’hui est tellement souvent dans sa voiture et sur les routes au cours de sa journée, qu’il doit rentabiliser son temps autrement, par exemple professionnellement (téléphone au volant, lecture ou écriture de SMS…), ou l’optimiser autrement, par exemple en prenant des contacts divers (téléphone au volant, lecture ou écriture de SMS…)… Autrement dit, tellement occupé à autre chose que conduire, il aurait besoin maintenant d’un rappel ‘sonore’ et visuel interne, en tous cas nouveau, des règles qui régissent jusqu’à présent la conduite sur l’espace public ? Une étape inéluctable et actuelle avant la voiture sans conducteur ? Là encore, aujourd’hui les services publics n’auraient pas les réponses adaptées ?

            Oui, un moment d’inadvertance, d’inattention, un pied un peu lourd sur l’accélérateur est vite arrivé, même sans tous ces paramètres. Moi-même en ai été victime.

Ceux qui me connaissent, -et surtout mon rapport au téléphone portable- savent que cet appareil n’est nullement en cause- : pourtant, je viens de retrouver mon premier point de permis de conduire perdu en juillet dernier (mais pas l’amende liée  : 135€…), après avoir été flashé à 36km/h, officiellement 31km/h retenus compte-tenu de l’incertitude reconnue de leurs appareils de mesure, sur une zone provisoirement limitée à 30 km/h…

Au-delà de l’impression désagréable d’être rentré dans la catégorie des (petits) dangers publics sanctionnés, -alors que dans mes trajets routiers, je suis confronté à bien d’autres ‘très grands’ dangers publics impunis …-, cela me pose un certain nombre de questions, qui pourraient chacune faire l’objet d’autres réflexions plus approfondies… Avis aux prochains contributeurs…

* Quelle relation avons-nous au temps ?

Qu’est-ce qui nous pousse à aller toujours plus vite ? A rentabiliser notre temps disponible ? Que gagnons-nous personnellement à cela ?  La « fast-food », largement partagée par les jeunes, commence à être contre-carrée par la « slow-food », qui met en avant la reconnaissance des divers sens dont nous disposons… La récente disparition de Paul Bocuse nous rappelle que la qualité s’apprécie hors de la course du temps. Et chacun peut en faire son credo. Peut-être cet été, y aura-t-il une Halte Spirituelle en Savoie sur le thème de la « slow-spiritualité » : savoir s’arrêter, prendre son temps contre l’éphémère, l’instantané, pour se re-situer soi-même devant sa vie ?

* Comment organisons-nous notre vie ?

En France, la question des déplacements professionnels notamment est préoccupante. Combien de déplacements obligés pour les uns et les autres, entre le domicile et le lieu de travail, surtout en zones de montagne ou autres, mal desservies par les transports publics, qui maintenant deviennent aberrants ! Alors que la gestion de la ‘maison commune’, l’écologie, devient une question très préoccupante pour tous, n’y a-t-il pas un sujet de débat prioritaire ?

* Quel humanisme dans l’automatisation ?

C’est la question des relations humaines.

Si je reprends un autre exemple personnel, et désolé de reparler encore de moi, je me rappelle d’une autre expérience routière, en Provence, il y a plusieurs années, à l’entrée d’un village : là aussi, beauté des paysages et temps de vacance m’ont légèrement distrait. Un gendarme contrôlait la vitesse par jumelles donc invisible par moi ; quand je suis passé à côté de lui plusieurs centaines de mètres après, il m’a fait un signe de sa main qui signifiait « vous êtes arrivés un peu vite sur la zone, mais on a vu que vous avez bien ralenti juste après, donc ça va ». Un radar m’aurait aligné sans état d’âme, sans analyser la réalité d’un danger éventuel, la relativité des situations…

Voulons-nous une société entièrement confiée aux machines ?

On pourrait aussi poser la question à l’Etat, accusé en certains endroits de vouloir profiter de cette propension française largement partagée chez nous de déjouer les règles, pour en faire une ‘manne fiscale’.

* De quelle solidarité parlons-nous ?

Une communauté solidaire, c’est aussi une belle idée… Sauf si on parle de communautarisme : la communauté n’est alors plus qu’une secte. Voir ma question ci-dessus : et qu’en est-il en dehors de la meute ? Quelle solidarité  sinon ‘privatisée’ s’il s’agit de profiter d’un système uniquement pour ceux qui y contribuent et qui consiste à signaler les points, dangereux probablement mais également signalés par les services publics, … pour échapper aux contrôles… Une solidarité intéressée, limitée à un groupe restreint et cotisant pour cela, est-elle encore ce qu’humainement on appelle solidarité ? Quelle solidarité, quelle recherche du bien commun justifie-t-on si juste après le point de contrôle, on accélère au point d’être dangereux ?

L’optimisation fiscale est aussi une jolie expression bien utilisée en France pour expliquer une hypocrisie qui consiste à essayer de payer le moins d’impôts possibles. Autrement dit, de ne pas être solidaire des autres. Profiter, oui. Contribuer, non… Mais au final, qui paie ?

 * De quelle humanité parlons-nous ?

En fait, où allons-nous ? Quelle société voulons-nous ? Vers quelle humanité voulons-nous aller ? De vraies questions se posent sur l’avenir de l’humanité, que certains voudraient justement voir échapper à l’humain.

Une conférence entendue fin janvier, d’un scientifique et ‘éthicien’, pointait du doigt ce qui se passe de façon assez confidentielle dans le milieu des nanotechnologies, neurosciences, biotechnologies, intelligence artificielle…

Le futur de l’humanité est une question récurrente et les notions ‘d’homme réparé’, ‘d’homme augmenté’, de transhumanisme commencent à être répandues. Vous pouvez voir sur Internet ce que pensent des gens comme Kurzweil ou Bostrom entre autres…

La recherche biologique nous étonne tous les jours… et nous questionne !

Par exemple : on sait depuis longtemps que notre état biologique influe sur notre psychisme. Ainsi, la nutrition, le froid, la chaleur, notre état de santé, etc… vont conditionner notre état mental. On vient de découvrir quelque chose d’inverse, notamment à partir d’études sur le foetus : l’état psychique influence l’expression (la ‘dominance’) de gènes ! Ainsi, selon que la mère est stressée ou sereine, l’enfant sera biologiquement marqué par un développement génique différencié. Entre parenthèse, c’est une donnée nouvelle sur la question de la GPA ! La mère porteuse n’est pas seulement ‘un sac de gestation’, mais une véritable deuxième mère…

Autre exemple et autre étude : de l’influence du psychologique et du spirituel sur le biologique… Il s’est agi là de l’analyse par IRM de ce qui se passe dans le cerveau de ‘grands méditants’ (en l’occurrence des moines bouddhistes et des moines bénédictins), comparativement au commun des mortels. Par ce qu’ils appellent la ‘plasticité cérébrale’, les biologistes sont obligés de témoigner du bénéfice de l’harmonie du corporel, du psychologique et du spirituel, quand on considère l’homme global.

Une anthropologie que des Pères de l’Eglise évoquaient déjà en leur temps…

Et comme dirait notre pape ; « Tout est lié »…

Peut-être les Etats Généraux de la Bioéthique permettront au plus grand nombre de participer à cette réflexion ?

             Nous avons la chance de côtoyer un saint, François de Sales, qui, reprenant un auteur latin, disait justement : « Je suis tant homme que rien plus ».

Mais qui surtout privilégiait :

- la douceur face à la violence
- la solidarité contre l’égoïsme
- l’optimisme au lieu du pessimisme.

Aujourd’hui, il aurait peut-être dit « Je kiffe la ‘life’ » …  J’aime la Vie…

            Chrétiens, nous nous devons d’être « experts en humanité »… et engagés à la suite du Christ.

             Alors, dans quel état d’esprit voulons-nous être ? Question de société…

Etre calculateur et profiteur égoïste : si on en croit les biologistes, cela concourt à notre propre destruction…

Ou alors, positif, constructif sans limites, ouvert à l’avenir… D’après les mêmes, c’est tout bon pour nous…

             Je m’aperçois que je suis long et il faut conclure…

Et ces jours-ci, je tombe justement sur deux publications, d’inégale importance mais quand même :

* Un ouvrage de Pablo Servigne : «  L’entraide, l’autre loi de la jungle ». Un livre qui démontre, études scientifiques à l’appui, que, contrairement à la ‘loi du plus fort’ de la jungle, largement admise jusqu’à présent, dans le monde du vivant des attitudes comme l’altruisme, la coopération, la solidarité -des mots certes emprunts d’anthropomorphisme-…  seraient à long terme plus positifs pour la survie du groupe, que l’agression et la compétition, même si celle-ci est nécessaire parfois à court terme. Ce ne sont pas les plus forts qui survivent, mais les groupes les plus coopératifs !

* Dans un autre genre, un magazine grand’public de janvier 2018, qui présentait un dossier entier sur l’effet bénéfique du sourire…

            Il y a trois ans, j’écrivais une chronique Toodè que je concluais avec cette citation d’un paysan des montagnes du nord Viet-Nam dont j’ai oublié le nom, qui disait :

« C’est vrai, même avec ces tâches quotidiennes, je suis toujours souriant. En fait pour nous c’est naturel ; je souris à chaque fois que je rencontre quelqu’un, que je le connaisse ou pas : je sais que le sourire provoque le meilleur chez l’autre ».

            Il était loin de notre dialectique ci-dessus… et pourtant, dans sa montagne éloignée, il avait déjà tout compris…

             Et si c’était le début de nouvelles relations humaines dans notre société ?

            Je vous souhaite d’être experts et engagés en cette communauté !