Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 228

« Quarante » 

Thierry Mollard

année 2019
novembre

 

 
Forum pour
 réagir à  Toodè


Les Dossiers
de Toodè


Archivages des
Toodè parus

le 06/12/2019

Pour François de Sales il y eut 40 heures ! Aidé de quelques prêtres il décide une nouvelle fois de frapper l’opinion, il organise une manifestation dont on parlera, il célèbre solennellement les « Quarante heures » à Annemasse, face à Genève les 8 et 9 septembre 1597. (Cette dévotion venue d’Italie vers 1550 commémorait pendant 40 heures, de jour et de nuit, le temps que Jésus avait passé dans le tombeau). Elle consistait essentiellement dans l’adoration du St Sacrement, point névralgique entre catholiques et protestants. Avec l’érection d’une croix face à Genève, cela ressemblait à une grave provocation.)

L’année suivante, les « Quarante heures » seront célébrées à Thonon les 19 – 20 – 21 septembre 1598, sous la présidence de l’évêque, Mgr De Granier. Elles seront plus grandioses encore quand arrive, le 28, le Duc de Savoie Charles Emmanuel et le 30, le cardinal Légat de Médicis, futur pape Léon XI. La clôture a lieu la nuit du 2 au 3 octobre, comme à Annemasse, avec l’érection d’une croix, sur place. Pendant les 11 jours de ces cérémonies, on enregistre 2300 noms de convertis dont la liste est conservée aux archives vaticanes.

Il y a toujours 40 jours, quarante heures qui précèdent les passages importants !

Avec l’Avent nous sommes partis pour une période de  40 jours, pour être exact 42 jours, entre le 1er dimanche de l’Avent et le 12 janvier 2020 !


Ce Dimanche Autrement du 1er décembre 2019, qui remplissait de points d’interrogation, les uns et les autres, s’est déroulé chaleureusement dans un climat de fraternité et de joie, mêlant écoute, respect, témoignages, repas, jeux, prière, en nous parlant ainsi, autrement, de la vie intérieure et de la vie communautaire. Quelle belle image de ce que devraient être toutes nos eucharisties dominicales ! De plus, ce premier Dimanche Autrement, s’est proposé le premier dimanche de l’Avent : une manière de tourner nos cœurs vers l’avenir, l’événement de tout proche de Noël !

Mais Noël est-il l’événement ? Un événement ?

Oui et non ! Il y a aura surement cette année encore, quelque part dans l’Hexagone un grincheux qui va hurler au délit de laïcité parce que qu’un maire ou un président de Conseil Général aura mis un sapin dans la vitrine de l’édifice public ! Ce n’est pas parce que la sapin a usurpé sa place dans les crèches papier-rocher, aux plis duquel se love les figurines provençales, que pour autant il devienne signe religieux ostentatoire ! Les racines de la polémique Noël religieux, Noël « laïc » remonte loin !

En tout cas, Noël, à l'origine marque un repère séculier et terrestre, Noël « Neo Helis » qui signifie nouveau Soleil. Il s’agit ici du solstice d'hiver.

Buste d’Hélios à Berlin

Chacun imagine facilement que le soleil est signe divin dans la quasi-totalité des systèmes religieux : Hélios, Appolon, dans le monde grec et romain, et dans la bible, le soleil est représentation de Dieu !

On fait naître Jésus en ce jour de Noël dit « Natalis dies" c’est à dire le jour du "Sol Invictus" Soleil invaincu ! C’est ainsi qu’une fête religieuse naît d’une relecture païenne ! Le mot païen n’a, ici, rien de péjoratif : ce n’est pas le mécréant, ni celui qui n'a pas encore été évangélisé, mais le ‘paganus’ le paysan, le villageois. Pour les romains, le païen est le civil opposé au militaire ! Par extension le païen est « l’amateur, le profane » en face ceux qui sont engagés d’une manière plus militante ! De quoi alimenter notre réflexion et d’accepter que Noël ne soit pas « l’Evénement » pour nombre de nos concitoyens !

Mais je dis que, oui, Noël est bel et bien, pour le chrétien, un événement, important, fondateur et original. Car pour la première fois dans le flot du monde religieux nous n’avons pas à faire à un peuple qui trime, échelon après échelon, encadré par des lieutenants, prêtres, et autres... pour s’élever à la divinité. Non, ici il s’agit d’un Dieu qui se laisse glisser sur la terre, sans bruit, sans parole : naufrage silencieux que nous surprenons sur nos côtes et qui bouleverse notre manière de voir et de concevoir !

Pourtant un événement, est souvent prématurément recouvert par un autre, ce qui fait le fonds de commerce des BFML-TV et consorts ! Un événement a une issue, un résultat et puis on passe à autre chose ! Mieux vaut alors parler d’avènement : Noël Avènement ! Ce qui advient pour engager l’avenir, non pas être recouvert mais au contraire, devenir source qui permette développement et accomplissement. La venue du Christ sur terre !

Et subitement, ce jour, avec l’évangile (Mt 3, 1-12) proposé en ce second dimanche de l’Avent, nous voici propulsés au baptême de Jésus, par Jean le Baptiste, ‘Voix de celui qui crie dans le désert’ et qui annonce celui qui vient et qui baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Oui, subitement, ce jour, avec l’évangile l’Avent prépare à la fête de Noël, mais bien au-delà.
Non à Noël nous ne contenterons pas de fêter la naissance de Jésus, mais son anniversaire, sa mémoire qui se déploie dans l’infini des jours ! Mémoire incroyable et discrète de Dieu qui prend terre : voilà Noël qui se prépare avec l’Avent et qui va se clore le 12 janvier 2020 à la célébration du Baptême du Seigneur lorsque quelque chose de neuf va commencer sur les rives du Jourdain. Nous sommes dans le « prologue » de la première équipe missionnaire (les Douze, les 72 disciples et nous tous, dans la mouvance de Pentecôte et de notre baptême.) Ce sera autrement dit le temps de l'enfance qui fait place à la maturité !

Mais, chut ! Faites silence ! « Mon Dieu, que cette naissance fait naître de saintes affections dans nos cœurs ! Mais par-dessus toute la parfaite abnégation des biens, des tentations, des plaisirs du monde. Je ne connais pas de mystère qui mêle si suavement la tendresse avec l’austérité, l’amour avec la rigueur, la douceur avec l’âpreté. Jamais on ne vit un plus pauvre ni un plus heureux accouchement, ni jamais un si somptueux et si joyeux fruit. Certes, celle qui accouche du Fils de Dieu n’a que faire de mendier du monde des consolations extérieures. » A une religieuse, Tome XX, page 212