Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 255

« Marie ! »

Nicolas Jeune

 

Année 2022

Avril
2022 


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Voir aussi le Toodè du  15 juillet 2012

 

 

C’est à l’intonation de l’évocation de son prénom que Marie Madeleine se retourne et s’écrie « Rabouni ».

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas la vue du tombeau vide et pas même la présence des deux anges avec qui elle converse qui lui font réaliser que Jésus est vivant.

C’est au son de la voix, qui vient à ses oreilles et entre en résonance avec son cœur, que Marie-Madeleine reconnaît dans cette voix qui l’appelle par son prénom, celui qu’elle chérit et qu’elle suit depuis déjà de nombreux mois.

Cette reconnaissance est synonyme pour elle d’un retournement.

Un retournement physique. On peut visualiser cette femme, qui d’un geste ample de tout son corps, en commençant par le mouvement de sa tête, puis de ses épaules, suivi de son bassin et enfin le demi-tour complet sur ces deux pieds pour terminer dans un élan de toute sa personne vers le ressuscité.

Un retournement émotionnel. Elle qui se trouvait en pleurs près du tombeau à ne pas savoir quoi penser et répondant aux deux être vêtus de blanc sans même réaliser que ce sont deux anges qui lui adressent la parole. On peut l’imaginer énoncer entre deux sanglots, la voix toute tremblante, « on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé ». Et voilà qu’à l’évocation de son nom, c’est comme un cri qui sort du plus profond de ses entrailles, une émotion portée par tout son être qui se prolonge dans une étreinte au ressuscité.

Elle peut alors aller dire à ses frères, Christ est ressuscité,

Oui, il est vraiment ressuscité !

Que nous faut-il, aujourd’hui, pour que chacun de nous vive un tel retournement ?

Qu’il soit celui de toute une vie, ou plus simplement celui de nos quotidiens qui bien souvent nous enferme et nous entraine à des attitudes de replis, de récriminations, de pensées en boucle sur nos petits « prés carrés ».

Que faut-il à notre président candidat, pour qu’il vive le retournement nécessaire à une véritable prise en compte des oubliés du « ruissellement », de tous ceux, qui parmi nous, dans notre société, se battent quotidiennement pour seulement vivre avec dignité et gagner ainsi en légitimité populaire ?

Que faut-il aux gouvernants de tous pays pour qu’ils vivent le retournement qui leur permettra d’entendre la clameur de la terre et prendre dans un même élan les ajustements et décisions nécessaires à la préservation de notre maison commune ? 

Que faut-il aux belligérants des guerres fratricides et plus particulièrement au maitre du Kremlin pour vivre le retournement de toute sa personne qui le fera revenir à la raison ? Celle du respect des frontières et des décisions qui appartiennent à un peuple souverain dans la construction de son avenir et de sa destinée. Et même si celle-ci est européenne.

Combien de fois nos existences se trouvent modifiées, que dis-je, retournée, non pas suite à une réflexion posée, un temps de discernement, qui nous amènerait à prendre la ou les bonnes décisions pour soi-même ; mais par la radicalité d’un état physique qui survient sans prévenir. Infarctus, accident cardio-vasculaire, burn-out, autant de réalité physiologique qui nous obligent à un temps d’arrêt. Surgissant dans nos vies comme par effraction, tant on ne s’y attend pas. Ces évènements nous ramènent aux réalités premières et nous poussent ou nous ouvrent à l’essentiel.

Il est temps pour chacun de faire une pause et de s’interroger sur ses essentiels. Des essentiels personnels, qui lorsque l’on prend le temps de les écouter, rejoignent les essentiels de l’humanité, de cette création que François appelle Notre Maison Commune.

 

La période ouverte par l’élection présidentielle, puis législative, nous demande de reposer nos essentiels.

Vous me direz que le choix du second tour devient cornélien. Et bien non. L’ouverture à l’autre différent et l’ouverture au monde, sont deux essentiels qui ne se négocient pas.

 

Il y a 2000 ans de cela, Dieu a été supplicié sur la croix pour avoir fait le choix de l’essentiel, celui d’un amour indéfectible pour l’homme. Qu’elle soit femme de Samarie, ou bien trainée à terre pour être lapidée ; qu’il soit publicain ou bien renégat, étranger ou parti dilapider l’héritage ; tous sont appelés à prendre place pour le royaume d’amour que Dieu veut pour nous.

Voici que le Christ se tient à la porte et frappe. Si j’entends sa voix et ouvre la porte, alors il entrera chez moi, il prendra son repas avec moi et moi avec lui.

Aujourd’hui, suis-je dans une dynamique de la porte ouverte à l’hospitalité ?

 

Nicolas