Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 203

« Comment gérer la mémoire quand des actes nient l’humanité ? »

 

par Pierre Gizart

année 2017

octobre

 

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le 16/10/2017

Il y a quelques jours, un ami me confiait son mal-être par rapport à la guerre d’Algérie, un sujet devenu tabou dans sa famille.

« Appelé », Robert s’est retrouvé dans une unité combattante chargée de surveiller un territoire où les accrochages étaient fréquents.

Robert a dû tuer au combat et a été parfois même invité à participer à des « interrogatoires » de prisonniers où la torture était pratiquée, ce qu’il a toujours refusé.

Robert est toujours hanté par ses souvenirs ravivés par des commémorations malgré son refus de faire partie d’associations « d’anciens ». Il est mal-à-l’aise de voir des personnes encensées et d’autres condamnées pour les mêmes actes commis et est exaspéré par la situation des auxiliaires qui combattaient à ses côtés (les harkis) que l’on a laissé tomber aux mains de leurs ennemis, et la situation de ceux qui ont pu rejoindre la France est toujours mal reconnue.

Comment gérer la mémoire quand nous avons subi ou dû faire des actes qui nient l’humanité ?

Lors des conflits, les combattants sont amenés à commettre des actions inhumaines et l’escalade de la violence détruit l’amour-propre.

Le retour à la « civilisation » des combattants est toujours difficile, et les haines exacerbées ne sont pas prêtes de s’éteindre.

Comment gérer l’après-guerre ?

A la fin de la deuxième guerre mondiale, il y a eu quelques procès retentissants et le silence s’est fait. Ce qui a permis la réconciliation franco-allemande dans les années 60, ce qui était impensable en 1944 après des siècles de haine.

Dans les années 90, est venue l’expression « devoir de mémoire », face au scandale humain de la Shoah qu’on ne pouvait et ne devait pas oublier…

Le « devoir de mémoire », disent les lexiques, est une expression qui désigne une obligation morale de se souvenir d'un événement historique tragique et de ses victimes… Pourquoi faire ?   …afin de faire en sorte qu'un événement de ce type ne se reproduise pas.

N’y-a-t-il pas danger d’exacerber des mémoires qui pourraient sacrifier l’avenir par une rumination stérile du passé.

Connaitre le passé pour ne pas le reproduire est nécessaire mais il ne faut pas que le passé nous enferme.

Henri IV, « le bon roi Henri », pour mettre fin aux horreurs des guerres de religion, interdit de rappeler les actes irréparables commis par les deux parties.

Connaissez-vous les deux premiers articles de l’Edit de Nantes ?

« Art 1. : Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit.

 

« Art 2. : Défendons à tous nos sujets, de quelque état et qualité qu'ils soient, d'en renouveler la mémoire, s'attaquer, ressentir, injurier, ni provoquer l'un l'autre par reproche de ce qui s'est passé, pour quelque cause et prétexte que ce soit, en disputer, contester, quereller ni s'outrager ou s'offenser de fait ou de parole, mais se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public.»

 

Henri IV  tenait  en haute estime François de Sales (« Phoenix des évêques ») , en ont-ils débattu ?