Ici , tous les 15 du mois: la chronique "toodè" ...
une autre manière de dire Aujourd'hui et de lire
ou relire les événements avec les verres teintés de François de Sales ...

Toodè N° 222

 

Toute chapelle, aussi petite soit-elle, finit par faire du bruit !

Thierry Mt

année 2019
mai
 

 
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le 16/05/2019

Des manifestations contre le « mariage pour tous » en 2012 aux récentes flammes de Notre Dame de Paris en passant par les chroniques des abus divers au sein de l’Eglise... et par ces attentats en Afrique de l’Ouest contre des chrétiens, troublant la quiétude d’un « peuple intègre » ou de peuples pacifiques, dans un déferlement de violence extrême... Bref la religion, de facto, occupe la place publique ! Et les pratiques religieuses bougent !

Les « réseaux sociaux » à défaut d’être un mixage social - donc un espace de dialogue- sont souvent des « mixeurs religieux » où chacun s’érige en ‘croisé d’une cause,’ se fabriquant sa propre religion à la mesure de son désir, ou de ses fantasmes ! Ainsi naissent des ‘chapelles’ : « celle des antivaccins » instaurant un climat de défiance ! Celle des « Stop-Linky » -qui vient de m’inviter avec insistance à l’une de leur cérémonie-   elle rêve de devenir cathédrale infaillible et exclusive imposant le rejet des ondes des compteurs et des clochers, le cellulaire à l’oreille et maniant la télécommande de télévision ou faisant un plat d’oeufs, sur une plaque de cuisson : ah maléfique ondes ! Il y a aussi les chapelles disséminées des Gilets Jaunes, (jadis implantés aux ronds-points, comme les croix étaient érigés aux croisées...) qui peinent à faire entendre quelques revendications pour un « plus de dignité de la vie de tous et des plus pauvres ! » et se trouvent parasitées par la violence ... Toute chapelle, aussi petite soit-elle, finit par faire du bruit ! Seul l’amour de fait de bruit !

Alors comment l’Espérance peut germer au cœur des violences dans notre environnement et dans le monde ?  Jésus-Christ a-t-il encore un venir en nos vies, dans le monde et en tous mouvements qui consistent à réimprimer l’Evangile sur les routes du monde ? Comment prendre part avec discernement et exigence aux concerts des voix ?  

Jean XXIII (Tiens nostalgie, nostalgie ?) entrevoyait une Église ouverte, « cette aurore resplendissante ...emplissant les cœurs de douceur » ([1]). Mais voilà les descendants du Concile ont la « casquette de plomb ! » L’Espérance de renouveau leur semble s’échapper !

Le problème de l’Eglise ce n’est pas que l'institution prenne l’eau : pratique religieuse en berne, baisse de la valeur « prophète ! », lenteur de l’aggiornamento appelé par Vatican II ([2]), les hésitations
entre chrétiens pour un œcuménisme ou un interreligieux assumé, les replis identitaires de toutes natures et les multiples abus de pouvoirs, à la une, de l’Eglise ... aussi dramatique soient-elles pour l’Eglise, ces cris et ces crises, ces douleurs, l’insupportable, appellent chacun à se repositionner !  

  J’entends encore les paroles d’un aumônier militaire devant l’imperfection de l’Eglise ou de ses membres : « L’Eglise c’est ma mère et si ma mère fait la putain, c’est encore ma mère. »

On peut le redire à la façon salésienne : « Ton Eglise Seigneur donne-nous de l’aimer sous son visage le plus saint, sous son visage engagé, sous son visage de faiblesse. » C’est la conclusion d’une litanie des saints qui a marqué nos ordinations ! Et bien sûr rien ne se serait passé sans cette longue lignée de tous les témoins, aussi imparfaits étaient-ils, par lesquels l’Evangile a été vécu.


En Eglise, je reçois comme frère ou sœurs, ceux et celles, qui comme moi, sont fils et filles d'un même Père et qui me sont donnés par Dieu, là où je vis, là où je travaille et lutte, là où j’aime et souffre.


Une modeste clef dans ma boite passepartout ! Ce n'est pas l’Eglise qui meurt… mais une figure d'Eglise qui est en train de disparaître, et bien sûr une figure en passe et instamment convoquée, à la transfiguration !

Le véritable tourment de l'Eglise c’est un manque de "simplicité" à promouvoir un langage moins codé que celui de la messe, un manque de volonté -certains disent même une non-volonté- de dialogue, de corespon-sabilité. C’est le manque de langage en vibration avec les cultures d’aujourd’hui. C’est le manque de dialogue pétillant entre Ecriture et Vie ! C’est que l’on se satisfasse d’annoncer la parole de Dieu, sans la passer au creuset de l’exigence de la vivre : « Reçois l’Évangile du Christ, que tu as la mission d’annoncer. Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu as cru, à vivre ce que tu auras enseigné. »

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » dit l’Ecriture : envisageons une Eglise des hommes et des femmes de la fraternité, où « s’entre-porter et entre-supporter » soient notre slogan, notre art, notre regard autour de nous, et portent et régénèrent ces paroles du Christ que l’on connaît par cœur sans que notre cœur les portent toujours !

 

[1] 11 octobre 1962

[2] Vatican II annoncé voilà 60 ans (le 25 janvier 1959) par le bon pape jean XXIII depuis basilique Saint-Paul-hors-les-murs,